En 2023, le nombre de personnes ayant utilisé cette substance en France a dépassé le million, représentant une quasi-duplication par rapport à l’année précédente. Cette augmentation de la consommation est particulièrement visible sur le lieu de travail, affectant divers secteurs professionnels sans distinction.
Plongée dans le monde du travail sous l’emprise de la cocaïne
Manon sert des clients derrière un comptoir de bar, tandis que Vincent conçoit les décors de productions télévisées. Caroline prodigue des soins à ses patients, et Léa consacre ses journées aux champs. Ces carrières variées partagent une constante singulière : la cocaïne. Que ce soit pour affronter des cadences infernales, se faire accepter ou trouver du réconfort, ces Français ont eu recours à cette drogue dans leur environnement professionnel. Certains ont réussi à décrocher, d’autres luttent encore ou songent à s’en défaire, mais pour quelques-uns, le renoncement paraît insurmontable. Selon Marianne, navigatrice, la cocaïne est perçue comme une drogue indétectable dans l’environnement de travail : « C’est la seule drogue que tu peux prendre et aller au boulot sans que personne ne se rende compte de rien », confie-t-elle, évoquant sa consommation d’un gramme par jour durant ses croisières d’une semaine autour des Antilles.
« La cocaïne, une aide indispensable » : témoignage de Sam, chef cuisinier
Sam*, la quarantaine, a côtoyé la cocaïne durant quatorze longues années. À vingt ans à peine, alors qu’il exerçait en tant que cuisinier sur l’île Saint-Martin, la poudre blanche s’est immiscée dans son quotidien. « Pour tenir lors de ces longues nuits de travail, c’en est devenu indispensable », confie-t-il. « C’était comme un dopant pour moi. » Sa consommation fluctuait en fonction de l’activité, atteignant régulièrement entre 0,5 et 1 gramme par soirée.
> « On plaisantait : ‘Envie d’un petit remontant ?’ avant de se diriger vers la chambre froide pour s’administrer une dose de courage. »
Se remémorant cette époque, il raconte : « Grâce à la cocaïne, nos assiettes sortaient à temps et les patrons étaient ravis. » De retour en France, Sam poursuit une carrière dans le secteur gastronomique, où il gravit les échelons pour devenir chef. Cependant, avec des responsabilités accrues vient une consommation qui explose : « Lorsque la pression montait pendant les saisons de quatre à six mois, il m’arrivait de dépenser jusqu’à 3 000 euros dans cette drogue. » Ce n’est qu’en opérant un changement de carrière qu’il parvient à décrocher, bien qu’il avoue une utilisation « occasionnelle » lors de fêtes.
« La cocaïne brise la glace » : l’expérience de Vincent, accessoiriste
Accessoiriste dans l’univers télévisuel, Vincent*, 28 ans, s’est forgé un réseau grâce aux soirées où la cocaïne coulait à flots. « J’ai participé à toutes, et ça m’a ouvert bien des portes sans avoir à rédiger un CV depuis des années », confie-t-il. Atteint par une maladie chronique qui le laisse souvent à plat, il utilise également cette poudre blanche pour maintenir son énergie lors des nuits festives.
Lors des tournages, il lui arrive de consommer pour surmonter la fatigue : « Après une nuit blanche, je termine les restes du dernier soir pour me maintenir éveillé la journée ». Afin de subvenir aux besoins de ses collègues, Vincent achète jusqu’à « 20 ou 30 grammes », qu’il redistribue « sans profit ». Il admet que détenir une autre profession aurait peut-être changé ses pratiques, mais il reste fermement attaché à cette substance, « fun », selon ses propres termes, en ignorant les conséquences graves que souligne l’INRS, telles que l’anxiété ou les risques cardiaques.
« La drogue, mon refuge » : Caroline, médecin, raconte
Caroline*, 36 ans, médecin à Paris, trouve refuge auprès des Narcotiques Anonymes. Ancienne accro à la cocaïne, elle avoue avoir découvert cette drogue dans une période tumultueuse de sa vie : déménagement, divorce, et une thèse à finir tout en assurant ses gardes à l’hôpital. « La cocaïne était mon compagnon pour affronter les journées et les nuits blanches, tout semblait soudainement plus léger », se souvient-elle.
Plongée dans sa thèse, sous influence, elle traversait jour et nuit sans y prêter attention. Mais une rechute lors d’une consultation lui a révélé le danger de mettre en péril la santé de ses patients. « J’ai réalisé que j’étais restée dans le déni trop longtemps », dit-elle aujourd’hui, en voie de rémission après avoir frôlé l’overdose.
« J’étais plus alerte avec » : Manon, serveuse
Pendant cinq années, Manon*, serveuse de 26 ans, cadrait ses services autour d’une prise de cocaïne : « En buvant toute une soirée, je consommais cette drogue pour garder l’esprit clair devant les clients ». Enfreindre les limites n’était pas censé affecter ses performances. Pourtant, avec le temps, le cocktail explosif d’alcool et de cocaïne est devenu monnaie courante, faisant des toilettes du bar son repaire privilégié pour quelques instants.
> « Etre cheffe d’équipe dans certains bars et consommer avec mon staff en brisant toute frontière ».
Aujourd’hui, alors qu’elle se lance dans la gestion de son propre établissement, Manon tend à réduire ses habitudes de consommation, optant pour des interactions réelles et authentiques avec son personnel et ses clients.
« Naviguer en eaux troubles » : le récit de Marianne, navigatrice
Marianne*, alors capitaine en Martinique, décrivait sa vie sous influence comme un cycle sans fin de cocaïne et de navigation. « Cette consommation, de festive, est devenue quotidienne », avoue-t-elle. En ces temps, elle perd jusqu’à 10 kg et accumule les erreurs en mer. « J’ai bien failli causer un accident terrible », se souvient-elle après avoir manqué un navire de justesse. Aujourd’hui, elle lutte encore, consciente des ravages que l’alcool et la cocaïne peuvent engendrer.
« Piégée par l’addiction » : Léa, agricultrice
Pour Léa*, l’entrée dans le monde de la cocaïne était spontanée, presque ludique. Désormais, avec deux enfants, elle reconnaît l’emprise totale de cette drogue sur sa vie. Malgré des difficultés financières, accumulant parfois 1 000 euros de découvert entre deux salaires, elle poursuit cette spirale infernale. « Bossant de longues heures dans les fermes, cette drogue devient presque une norme », décrit-elle, partagée entre le travail et la dépendance quotidienne.
*Les prénoms ont été modifiés.
Ce jeudi, 13 février, le programme « Envoyé spécial » dévoilera un reportage sur la nouvelle dynamique du marché de la drogue, avec des témoignages exclusifs, tel celui du député Andy Kerbrat surpris dans une livraison de drogue.
Si vous ou une connaissance êtes touchés par l’addiction, des services anonymes et gratuits sont accessibles. N’hésitez pas à joindre Drogues info service au 0 800 23 13 13 pour recevoir écoute et soutien, ou à consulter leur site web.

Webrédacteur passionné et engagé, je me consacre à décrypter l’actualité avec un regard critique. Ma plume agile et précise sert à informer et éveiller les consciences. Toujours en quête de vérité, je m’attache à partager des analyses pertinentes et approfondies pour un public exigeant et curieux.