Les triathlètes, qui se préparent à se jeter dans le fleuve de Paris, ont l’habitude de pratiquer leur nage dans des eaux de qualité variable, souvent polluées. Même avec des mesures de précaution rigoureuses et une surveillance accrue, le danger de contracter des maladies demeure présent.
Triathlon: Entre l’ombre des eaux usées et la quête de la médaille
Se soucier ou non de la propreté des lieux de compétition ? C’est une question qui pourrait traverser l’esprit des fervents pratiquants de triathlon. Toutefois, à les entendre, cela ne semble pas être une priorité. En effet, nager dans des eaux potentiellement contaminées fait partie intégrante de leur quotidien lors des compétitions. C’était justement le cas lors du « test event » organisé à Paris le 17 août 2023. « L’inquiétude n’est pas plus importante pour les épreuves parisiennes que pour d’autres compétitions, cela fait partie de notre quotidien, » assure Benjamin Maze, Directeur technique national de la Fédération française de triathlon (FFT).
Des sites de compétition étonnants
Claude Marblé, médecin du sport avec trois décennies d’expérience à la FFT et ancien médecin des équipes de France, n’en est pas moins évasif. La prolifération des compétitions internationales de triathlon dans des endroits inhabituels ne l’étonne guère. Des lieux tels que le port de Yokohama au Japon, celui d’Hambourg, ou encore le lac artificiel Serpentine à Londres, sont souvent qualifiés de « sites à risques ». Néanmoins, il reconnaît que ce sont des réalités auxquelles les triathlètes doivent s’habituer, y compris lors de l’événement phare de Paris 2024, pour lequel il a été recruté comme médecin manager sport responsable de la coordination des soins sur le pont Alexandre III.
Pour le triathlète français Léo Bergère, cette problématique est typique des zones très urbaines. Cependant, il souligne que toutes les compétitions du circuit mondial ne suscitent pas des inquiétudes semblables, particulièrement grâce à l’entraînement en piscine qui atténue ces risques.
« On nage dans la merde »
En dépit de la psychose ambiante, le « test event » parisien n’a révélé aucun problème majeur. « Nous avons pu nager sans problème, personne n’est tombé malade, donc franchement, ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète », affirme Emma Lombardi, triathlète française. Pourtant, certains incidents notables ont eu lieu. Par exemple, début juin, près de 30 personnes ont été victimes de troubles gastriques après avoir participé au triathlon de Dijon et nagé dans le lac Kir.
Il est à noter que quelques jours avant l’événement parisien, une soixantaine d’athlètes avaient souffert de diarrhées et de vomissements après avoir concouru lors d’une étape des Championnats du monde de triathlon à Sunderland, au Royaume-Uni. « Je me sens assez mal depuis la course, mais j’imagine que c’est le prix à payer quand on nage dans des eaux polluées », avait écrit le triathlète australien Jake Birtwhistle sur les réseaux sociaux.
Cette situation a éveillé la conscience de nombreux athlètes. Frédéric Belaubre, triple champion d’Europe, se souvient que jusqu’au milieu de sa carrière, il n’avait pas perçu la dangerosité potentielle d’une eau polluée lors des compétitions. Il fait référence à une épreuve en France où il a dû nager dans une « eau marron » après un fort épisode pluvieux. Ce manque de vigilance a eu des conséquences graves pour certains, les empêchant de finir la saison ou même de reprendre l’entraînement.
Probiotiques, chlore et Smecta
Pour parer à ces risques, l’ingestion de probiotiques est préconisée pour renforcer le système immunitaire, même si certains préfèrent encore les antibiotiques. Cependant, la solution la plus courante reste la prise d’une pastille de chlore diluée dans un verre d’eau avant la compétition. « Ce n’est pas très agréable au goût, mais c’est efficace car le chlore désinfecte l’eau, » explique Claude Marblé.
Pierre Le Corre, un autre triathlète français, raconte qu’il prend parfois du Smecta avant les courses pour réduire les risques de troubles intestinaux. La nage en compétition étant souvent accompagnée d’ingestion involontaire d’eau, le verre d’eau chlorée permettrait de désinfecter l’eau contaminée ingérée pendant l’épreuve.
Néanmoins, ces précautions ne suppriment pas tous les dangers. Des parasites et des algues présentes dans certaines eaux peuvent provoquer des irritations cutanées et des problèmes respiratoires. Sans oublier les risques plus rares mais graves, tels que la leptospirose, une maladie transmise par les rats.
Une réglementation internationale durcie
Face à l’augmentation des maladies après les épreuves, les organismes internationaux se sont mobilisés depuis environ une décennie pour établir des normes strictes sur la qualité des eaux de baignade. La Fédération internationale de triathlon impose l’annulation d’une épreuve si l’eau n’est pas jugée de très bonne qualité après analyse de certains germes, tels qu’E. coli et entérocoque.
Ces contrôles visent à minimiser les risques pour les athlètes, même si ces derniers, comme le rappelle Frédéric Belaubre, ne peuvent souvent pas détecter eux-mêmes la qualité de l’eau. La décision finale de maintenir une course repose donc sur les organisateurs. Pour les athlètes, la préparation mentale et physique est cruciale afin de surmonter ces obstacles.
Tourner le regard vers la qualité de l’eau est crucial pour de nombreux triathlètes, bien que la majorité préfère se concentrer sur les risques tangibles, comme la crainte des chutes à vélo, plutôt que sur des dangers microbiens invisibles. Pour ces sportifs, la quête pour la médaille et l’esprit compétitif l’emportent souvent sur les préoccupations environnementales.

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