Grippe Aviaire : Risque de Pandémie, alerte le Dr. Lina


Étant donné le caractère unique de ce virus, nous prenons des mesures supplémentaires pour nous préparer et disposer de réponses adéquates, déclare Bruno Lina ce jeudi sur France Inter.

Préparer une riposte efficace contre la grippe aviaire

« Se préparer est essentiel », déclare le jeudi 13 juin Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon, lors de son intervention sur France Inter. Le contexte de cette déclaration intervient après que l’Union européenne a signé un accord pour acheter jusqu’à 665 000 doses d’un vaccin contre la grippe aviaire, destiné à prévenir le passage de cette maladie des oiseaux aux humains. Ce contrat comprend également une option pour acquérir 40 millions de doses supplémentaires. Cet accord survient après plusieurs signalements de cas en Australie, au Mexique et aux États-Unis. « Nous faisons face à un risque pandémique, qui, bien que modéré, est réel », souligne Bruno Lina, également membre du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars).

Les autorités françaises restent en état d’alerte maximale, notamment en raison de la propagation mondiale de la grippe aviaire chez les oiseaux sauvages. « Les oiseaux sauvages en Amérique du Nord sont porteurs d’un virus qui n’a pas encore circulé en Europe », explique Lina. Il poursuit en précisant que les routes de migration des oiseaux vers l’Arctique concernent pratiquement tous les oiseaux migrateurs. Lorsque ces oiseaux retourneront en Europe, il est possible qu’ils aient contracté le virus, ce qui pourrait reproduire la situation nord-américaine sur le continent européen. « Ce virus présente des caractéristiques particulières, nous devons donc nous préparer davantage afin de pouvoir répondre adéquatement », ajoute-t-il.

Empêcher l’adaptation du virus à l’homme

Bruno Lina rappelle que « le risque lié à la grippe aviaire remonte à 2003 voire même à 1997 ». Depuis cette époque, près de 900 cas ont été documentés, avec environ 480 décès. « Il s’agit clairement d’un virus aviaire, sans transmission entre humains. Cependant, lorsqu’il affecte les humains, les conséquences peuvent être graves ». Il est donc crucial, selon lui, d’empêcher que ce virus infecte les humains et, surtout, qu’il ne s’adapte à l’homme.

Le virologue envisage un scénario, peu probable, mais préoccupant. « Imaginons que des oiseaux descendent en Europe et infectent des animaux d’élevage ou d’autres animaux en contact étroit avec les humains ». Dans de telles conditions, ces mammifères pourraient non seulement propager le virus, mais aussi provoquer des mutations pouvant l’adapter à l’hôte humain.

« Si des personnes sont contaminées par des virus présents chez des bovins, caprins, chats, renards, ours, etc., il existe un risque d’adaptation du virus. Dans ce cas, une action rapide sera nécessaire pour diagnostiquer et traiter les individus contaminés. Par ailleurs, en cas de mutation du virus, une vaccination préventive sera impérative. Le stock de vaccins déjà préparé sera alors utilisé », conclut Bruno Lina.