Grève des futurs médecins : la réforme de l’internat en question


L’addition d’une année supplémentaire de stages, prévue pour la rentrée 2026, a pour objectif d’améliorer la formation des étudiants en médecine et de les inciter à s’installer dans les régions souffrant d’une pénurie de professionnels de santé. Cependant, le cadre réglementaire nécessaire à sa mise en place se fait désirer, et certains syndicats expriment leur inquiétude quant à la disponibilité insuffisante de postes dans les cabinets médicaux pour accueillir ces stagiaires.

Réforme des études de médecine : Les internes montent au front

Les internes en médecine générale font entendre leur voix en s’opposant vivement à une réforme qu’ils jugent précipitée et impraticable dans sa forme actuelle. À l’appel de l’Isnar-IMG, l’un des syndicats représentant cette profession, une grève est prévue pour le mercredi 29 janvier. L’objet de leur mobilisation : le report de la mise en place d’une quatrième année d’internat. Ce nouvel ajout à la formation, qui porterait la durée totale des études à dix ans, a été établi par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2022. En théorie, cette prolongation vise à mieux préparer les futurs médecins généralistes à la réalité de leur métier, tout en les encourageant à pratiquer dans des zones médicalement sous-dotées.

Cependant, à seulement quelques années de son entrée en vigueur programmée pour novembre 2026, la réforme reste floue pour les responsables de la formation. Les cadres législatifs nécessaires restent à ce jour inachevés, créant un sentiment de confusion et de frustration chez les étudiants et leurs enseignants en stage. « Cette désorganisation évidente reflète un manque total de respect », accuse l’Isnar-IMG dans un communiqué conjoint avec plusieurs syndicats de médecins libéraux.

Défi d’un encadrement médical en milieu généraliste

Un autre point de tension est le manque de cabinets de médecine générale prêts à recevoir les stagiaires de cette nouvelle année. Le président de l’Isnar-IMG, Bastien Bailleul, a pointé un déficit alarmant de lieux de stage, notamment en Île-de-France, où seuls 250 établissements seraient disponibles pour accueillir 600 internes attendus. Cette pénurie de postes pourrait contraindre les étudiants à effectuer leur apprentissage principalement en milieu hospitalier, altérant ainsi l’objectif pédagogique initial de la réforme, centré sur l’activité ambulatoire.

Conjointement, les syndicats appellent le gouvernement à garantir un système de rémunération juste et stimulant pour ces futurs médecins. L’Isnar-IMG plaide pour un modèle de rémunération mixte, associant un salaire fixe avec une part variable basée sur l’activité, aligné sur les pratiques existantes pour leurs prédécesseurs. Ce modèle viserait à sécuriser financièrement les internes tout en soutenant leur engagement auprès des patients.

Le chemin semé d’embûches vers des décrets attendus

En 2023, François Braun, alors ministre de la Santé, avait promis que cette année additionnelle serait rétribuée à hauteur de 32 000 euros brut par an, avec en sus 20% des honoraires de consultation, et des incitations financière pour les postes occupés en zones sous-dotées. Malgré ces annonces attractives, la concrétisation se fait attendre dans un contexte de changements fréquents au sein du ministère.

Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants, a exprimé sa frustration due à l’absence de décisions concrètes, soulignant que le temps presse pour rendre cette réforme effective. En réponse, Yannick Neuder, le ministre actuel, a annoncé l’engagement à publier les décrets nécessaires d’ici le printemps, insistant aussi sur la nécessité de rendre le poste de maître de stage plus attractif pour combler rapidement le manque d’encadrement.

Alors que les avancées récentes ont amené certains syndicats comme l’Anemf et l’Isni à suspendre leur participation à la grève, ces organisations restent vigilantes, surveillant de près l’application de cette réforme cruciale pour l’avenir des médecins généralistes en France.