Altice : l’avenir de l’empire Drahi après la restructuration


Ce lundi, le tribunal des activités économiques de Paris a approuvé le plan de sauvegarde mis en place par Altice, la maison mère de l’opérateur téléphonique SFR, qui est actuellement endettée. Le groupe a qualifié cet événement de « bonne nouvelle ». Mais peut-on vraiment le considérer comme tel ?

Altice : Une Restructuration sous Surveillance

Avec la validation, ce lundi 3 août, du plan de sauvegarde expéditive d’Altice par le tribunal des affaires économiques de Paris, le groupe annonce une « bonne nouvelle ». Cependant, cette affirmation peut être nuancée selon le point de vue adopté. La direction s’enthousiasme de cette décision, car elle permet de réduire significativement la dette de la société, passant d’un peu plus de 24 milliards à 15 milliards d’euros. Mais cette réduction se fait au prix de sacrifices considérables.

L’une des concessions les plus significatives est la prise de contrôle de 45% du capital de l’entreprise par ses créanciers, y compris le fonds américain Blackrock. Patrick Drahi conserve néanmoins la majorité du capital à 55%. Par ailleurs, l’éventualité de vendre SFR, la pièce maîtresse du groupe, se profile à l’horizon, une perspective qui préoccupe vivement les syndicats. Par conséquent, malgré ce plan de sauvegarde, difficile de parler de réelle victoire. Altice reste lourdement endetté avec encore 15 à 16 milliards d’euros à rembourser. La question demeure : comment les banques ont-elles pu soutenir une opération aussi onéreuse?

Patrick Drahi a bâti un véritable empire. Cet homme d’affaires franco-israélien, âgé de 61 ans, compte parmi les 20 plus grandes fortunes de France. Après avoir quitté sa résidence fiscale suisse en raison de tensions avec l’administration fiscale locale, il partage désormais son temps entre Tel Aviv et Abou Dhabi. Tout a commencé en 1994, avec la création d’une structure télécoms à partir d’un petit opérateur de câbles à Cavaillon, ce qui a donné naissance à Altice France, Altice International et Altice USA. Le groupe s’est diversifié dans les médias avec I24 News, BFM TV et RMC, vendus récemment à Rodolphe Saadé de CMA-CGM. Drahi a également investi dans l’art en rachetant Sotheby’s.

Le « modèle Drahi » : Toujours viable ?

Le fameux « modèle Drahi », axé sur l’achat d’entreprises par endettement, a longtemps été acclamé. Cette méthode, connue sous le nom de LBO (Leveraged buy-out), implique de s’endetter pour acquérir des sociétés, puis de rembourser cette dette grâce aux bénéfices générés. Patrick Drahi a excellé dans ce domaine, obtenant la confiance des banques en raison de sa capacité à réduire les coûts des entreprises acquises, un aspect apprécié par les actionnaires.

Cependant, les réalités économiques évoluent. La hausse des taux d’intérêt a rendu le coût de la dette plus lourd. Le temps où Drahi déclarait que les télécoms ressemblaient à un flipper – « tant qu’il y a des boules, je joue encore » – semble révolu. Le marché, autrefois indulgent, ne se plie plus à la volonté de l’homme d’affaires avec la même facilité.

Dans ce contexte, l’avenir d’Altice est incertain, et le plan de restructuration, bien que salué par certains, est scruté avec inquiétude par d’autres. Les enjeux sont grands pour les employés, les créanciers et Patrick Drahi lui-même. Comment ce magnat des télécommunications naviguera-t-il dans cette nouvelle ère économique? La réponse reste à découvrir.